Interview du Patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Fouad Twal
mgr_fouadAprès avoir été 13 ans évêque de Tunis, sa Béatitude Fouad Twal, est aujourd’hui patriarche latin à Jérusalem.

Sa Béatitude Fouad Twal a accordé un long entretien aux volontaires Fidesco sur le printemps arabe, la question de la Terre-Sainte, les liens avec l’occident. Un appel à l’engagement : « Ici, les chrétiens doivent se sentir 100% citoyens ». « Les chrétiens d’Occident ne doivent pas se contenter d’aider notre Eglise ». Un encouragement aussi à l’occasion des 30 ans de Fidesco : « Je vois rayonner la joie des volontaires »


Fidesco : Quelle est votre opinion sur le « printemps arabe » ?

Sa Béatitude Fouad Twal : « D’un côté, nous sommes très contents de cette prise de conscience de la jeunesse qui prend en main sa destinée. C’est un mouvement sans couleur politique ni religieuse particulière. Il émane de cette jeunesse arabe une prise de conscience de sa propre force et vitalité. Elle a su casser l’élément « peur » (peur de la police, peur des services secrets, peur de la prison). Aujourd’hui, on peut dire que la peur a changé de camp. Les gouvernements craignent cette masse de jeunesse, cette masse d’opinion qui se réveille.

L’Eglise, elle, a toujours prêché plus de démocratie, plus de liberté et plus de dignité des personnes. Et moi-même, dans mon premier discours de Patriarche, j’avais appelé de mes vœux de toujours éviter sur le plan politique comme religieux les décisions unilatérales.

D’un autre côté, il faut reconnaître qu’il y a toujours une part d’inconnu dans ce genre de mouvements. Maintenant que ces populations se sont lancées, nul ne sait ce qu’il adviendra par la suite. Pourvu que ce soit pour le meilleur. »


Fidesco : Quel est le rôle des chrétiens d’Orient et ceux de Terre Sainte?

Sa Béatitude Fouad Twal : « Les chrétiens du Moyen-Orient ne doivent pas être en marge de ces mouvements. Comme nous l’avons dit au Synode d’octobre dernier, les chrétiens doivent se sentir 100% citoyens comme leurs compatriotes musulmans. Ils doivent participer à la vie de leur pays si ces mouvements sont en faveur du bien collectif. Je n’aime pas voir les chrétiens en dehors de ces mouvements. Car c’est aussi leur pays. Ils ne doivent pas se sentir dans un ghetto à part.

Quant aux chrétiens de Terre Sainte, il faut rappeler que la situation politique est ici extrêmement délicate et très différente des autres pays. Il n’y a pas de « recette miracle ». Chaque pays ayant ses spécificités. L’Eglise de Jérusalem a une mission particulière et se doit de collaborer à une paix juste et durable à travers ses interventions, ses institutions, et ses écoles.

Il est évident qu’Israël aujourd’hui comme les pays arabes voisins doivent entendre la vague de contestations généralisées. Si la masse des jeunes ont soulevé ces mouvements dans leur propre régime, tous les pays y compris Israël doivent être vigilants. Nous-mêmes - Eglise catholique et chefs religieux, sommes interpellés sur la manière de bien les guider. »


Fidesco : Qu’attendez-vous des chrétiens d’Occident ?

Sa Béatitude Fouad Twal : « Lors du Synode, nous avons touché de près cet argument en reconnaissant que l’Eglise d’Occident ne doit pas regarder l’Eglise d’Orient comme une autre Eglise. C’est la même Eglise confrontée aux mêmes défis pour la jeunesse, la famille, les vocations, …

Les chrétiens d’Occident ne doivent pas se contenter d’aider notre Eglise. Ils doivent se considérer partie prenante de cette Eglise, qui est leur Eglise-Mère. Mieux, ils doivent se sentir responsables de l’avenir des chrétiens qui vivent en Terre Sainte.

C’est en venant vivre ici à Jérusalem qu’ils pourront donner des vitamines à leurs racines chrétiennes. C’est un profit mutuel à échelle locale et mondiale. Jérusalem représente cette dimension mondiale : nous n’en ferons jamais assez pour la Terre Sainte. »


Fidesco : A ce titre comment voyez-vous le rôle d’une ONG comme la nôtre ?

Sa Béatitude Fouad Twal : « Les mouvements apostoliques et les ONG comme Fidesco ont un immense rôle à jouer dans ces pays et en particulier en Terre Sainte. Ils représentent une vraie richesse pour l’Eglise locale. Et plus ces mouvements se sentiront intégrés, plus ils se sentiront responsables.

Pendant 13 ans, aussi, j’ai été évêque de Tunis. J’ai pu constater le dynamisme de nombreux chrétiens de France qui s’expliquent par les liens historique de la Tunisie avec Paris. J’ai vraiment été touché par leur présence alors que la plupart des tunisiens tentaient d’émigrer vers la France et l’Italie.

C’est une belle leçon que je salue, celle de travailler en dehors de la France ou de l’Europe pour un amour plus grand du Seigneur, en servant ses frères et sœurs du Monde.

Je remercie sincèrement tous ces volontaires qui viennent travailler au service de l’Eglise. Je les vois rayonner de joie. Qu’ils témoignent de leurs expériences à leur retour. »